Rapport sur la mission de Do-Néva, 1920
By Paul on Sunday 3 October 1920, 00:00 - Do Neva - Permalink
Rapport de Paul Emile Pasteur à la Société des Missions évangéliques de
Paris sur la station de Do-Néva, Houaïlou, Nouvelle-Calédonie, 1920.
Do-Néva, 3 octobre 1920.
Il y a bientôt un an que nous sommes à Do-Néva. C’est encore peu pour apprécier les perspectives, c’est assez cependant pour entrevoir les possibilités et donner en tout cas un aperçu de l’état actuel.
I. - Oeuvre religieuse
Il ne m’appartient pas de parler de l’oeuvre religieuse dans l’ensemble de la Calédonie. L’activité de Do-Néva et des alentours immédiats est seule sous notre observation et nous permet quelques appréciations.
Nata - Nous n’en avons pas à Do-Néva, sauf notre vieux Bosou, qui est ici plutôt comme intermédiaire entre Do-Néva et les tribus avoisinantes que comme nata en charge. Il est un peu le père de tout le monde, et son autorité de "vieux" s’étend sur tous les milieux. Il nous est précieux à cet effet.
Étudiants - Ils étaient seize à notre arrivée, en novembre 1919. Avant le départ de M. Leenhardt, l’un d’eux est mort de maladie de poitrine. Deux autres ont pris le poste de nata, ou aide-nata, qui leur fut assigné par la conférence. Au printemps 1920, un quatrième est rentré momentanément dans sa tribu pour se soigner. En ce moment, il est remis, mais ne peut revenir pour difficultés de famille. Leur nombre est donc réduit à douze, dont trois Maré.
Parmi les Calédoniens, l’un d’eux n’est pas encore membre d’Église, mais suit régulièrement son instruction religieuse. Très indépendant du formalisme religieux indigène, il montre cependant des dispositions excellentes.
Catéchumènes - Douze inscrits en janvier 1920. Un est parti dans sa tribu avant d’avoir achevé son instruction. Un autre est parti également après avoir été reçu membre de l’Église; il reviendra probablement bientôt en qualité d’étudiant. Une troisième, femme d’un étudiant, est partie avec son mari malade.
Il n’en reste ainsi que neuf, dont une fille de l’internat de Mlle Capt, et la femme de notre moniteur des travaux manuels.
Les Cultes - Ils sont faits généralement par le missionnaire, sauf à l’occasion du passage d’un nata à Do-Néva.
L’école du dimanche est tenue par les étudiants, et présidée par l’étudiant de semaine, chargé de la responsabilité morale de la station. Un premier dimanche est consacré à l’étude d’un sujet, et le dimanche suivant à la récitation dune portion du sujet, avec explication de ce qui reste incompris.
Les communions ont lieu le premier dimanche de chaque mois.
L’après-midi de chaque dimanche est consacré à l’étude du sujet traité au culte du matin. Cela revêt davantage le caractère d’une causerie, d’un entretien cordial entre tous, avec questions et réponses. Il y a parfois des questions posées qui étonnent et réjouissent; mais l’instant qui suit recouvre cet effort et ferait croire à une nuit complète, si l’on n’était certain que la lumière luit, quoiqu’elle reste invisible.
Le jeudi de chaque semaine avait lieu autrefois un culte du soir, avec réunion de prières, dit: culte des tirailleurs. On y entretenait le souvenir des soldats combattants ou déjà morts pour la Patrie. Aujourd’hui, ce culte subsiste, mais dans le but d’entrenir l’intérêt pour tout ce qui se fait d’extérieur, soit dans les tribus, soit au dehors de la Calédonie.
Histoire Sainte - Pendant les classes, une leçon d’histoire sainte est donnée chaque semaine à tous les garçons et filles réunis.
II. - Oeuvre scolaire
Garçons - En novembre 1919, les internes garçons étaient au nombre de 34, dont 2 Marés arrivés en même temps que nous. Le départ de M. Leenhardt a entraîné une diminution de plusieurs unités. Heureusement quelques nouveaux arrivants ont comblé les vides, en sorte que, malgré le départ ou la mort de 12 garçons, leur nombre est aujourd’hui de 40 internes, dont 4 Marés.
Les externes, qui étaient 75 au début de l’année, sont descendus à la moitié de leur effectif à la fermeture des classes, fin août. Nous espérons les avoir à nouveau au complet à la rentrée.
Filles - Dès l’arrivée de Mlle Capt, nous avons entreprise la création d’un internat de filles. Les deux difficultés principales étaient le logement et la nourriture. La nourriture a été fournie par les garçons et le sera jusqu’à ce que les plantations des filles rapportent assez pour qu’elles se suffisent à elles-mêmes.
Trop peu nombreuses, elles n’auraient pas fourni un travail suffisant pour leurs cultures. Trop nombreuses, elles auraient pesé trop lourdement sur la nourriture des garçons; il fallait trouver un juste milieu qui réponde aux deux exigences: travail et économie. Elles sont 17 pour l’instant. Plus tard, lorsque les cultures donneront leur plein, nous augmenterons peu à peu le nombre, dans la mesure des possibilités et des exigences locales.
Depuis un mois environ, les filles sont installées dans l’ancienne case d’un nata, remise en état et bien située pour sa destination: emplacement isolé, et cependant à proximité de Mlle Capt, installée au Fortin.
Une troisième difficulté surgit aussitôt, à propos de l’outillage nécessaire aux cultures des filles. Nous n’avions pas de budget, et cependant il leur fallait un certain nombre d’outils indispensables. Nous avons tourné la difficulté en renouvelant partiellement l’outillage des garçons, grâce à l’argent qu’ils ont gagné en travaillant quelques semaines à des déchargements. Nous avons pu ainsi abandonner aux filles une partie du vieil outillage, parfaitement conservé, mais ayant été fourni par la Mission.
De cette manière, les garçons ont fait don de 200 francs d’outils pour l’installation de l’internat des filles, sans compter leur travail de labour, et la construction de barrières pour la mise en valeur de leur future plantation, déjà en bonne voie de production.
D’autre part, les filles entretiennent les vêtements des garçons, ce qui leur donne une durée supérieure à celle du passé: économie nécessaire, à cause de la hausse constante des prix.
Développement - Il y a certainement une grande différence entre le degré de développement des filles et des garçons du même âge. Nous cherchons avant tout à créer chez nos filles le goût de l’ordre, de la propreté et de l’économie.
Pour les garçons, cela diffère un peu, du fait que le champ de leurs perspectives, je dirais même de leurs devoirs sociaux, est bien plus vaste.
Ils ont à se libérer intérieurement et extérieurement, à devenir un peuple conscient de sa race et de sa mentalité propre. Pour devenir dignes de la confiance reconnaissante que leur ont valu les tirailleurs par leur belle attitude au front et à l’arrière, et pour mériter le titre de citoyen français, ils doivent étendre leur culture dans bien des domaines.
Matériel scolaire - Pour obtenir les résultats désirés, il faudrait un matériel scolaire, sinon complet, du moins suffisant.
En ce moment, il n’y a plus de livres scolaires à Nouméa, pas plus que d’ardoises, et les cahiers sont hors de prix. Heureusement M. Benignus a rapporté de Maré un stock de cahiers qui fera l’année, je pense.
Pour suppléer au manque de livres (géographie, leçons de choses, etc ), les garçons écrivent les leçons préparées à l’avance de façon à former un cours complet qu’ils conserveront et utiliseront.
Tables - Le mobilier actuel demande à être renouvelé pour la nouvelle école en construction. Il se résume en quelques tables et bancs, répartis entre l’école de filles, celle des garçons et les étudiants. C’est trop peu si l’on veut travailler sérieusement et avec suite.
Les cartes murales sont également bien détériorées, et demanderont à être bientôt remplacées.
Une chose essentielle manque, et j’espère bien l’obtenir sous peu: c’est une lanterne à projections, non pour plaques de verre, mais pour cartes postales, afin d’illustrer les leçons de choses, et de créer la curiosité des faits par l’image. Il existe de telles lampes dans le commerce, et, si quelques généreux amis des jeunes cherchaient une occasion de leur montrer de l’intérêt, ils en trouveraient là une excellente. Si non, les garçons travailleront une semaine de plus l’année prochaine pour se la procurer. Mais nous l’aurons.
Travaux manuels - Si je compare avec le Congo, les conditions de travail ici sont bien meilleures, et le rendement infiniment supérieur. Alors qu’au Congo, tout travail demandé se paye, ici, il est absolument gratuit, ce qui offre des possibilités bien plus grandes.
Il est vrai que les garçons ne paient pas d’écolage, comme au Congo; mais, par contre, ils se nourrissent de leur travail, et s’habillent également avec de l’argent qu’ils gagnent, soit en plongeant le trocas, soit en déchargeant du charbon dans quelque entreprise voisine.
Ils ont même une caisse de réserve destinée à renouveler l’outillage cassé ou perdu, à améliorer leur ordinaire, à rembourser les pertes occasionnelles en boeufs de labour, âne, etc
En dehors de la culture, il y a d’autres travaux qui leur incombent:
La toiture, avec couverture en tuiles rouges, est en voie d’achèvement. La consolidation des murs a retardé ce travail que nous espérions voir achevé fin août, mais qui le sera probablement pour Noël. Puis ce sera le tour du dortoir des garçons, qui tombe en ruines; déjà près de cent poteaux sont rassemblés à cet effet.
Ensuite viendra un atelier qu’il faudra construire à proximité de l’école et du moniteur. L’atelier construit, il faudra le fournir en outils.
Tous ces travaux, tant au point de vue du temps que de l’argent nécessaire, se répartiront sur plusieurs années, et n’avanceront que dans la mesure du rapport des cultures et du café, dont nous espérons doubler la production, afin d’augmenter l’influence éducative, sans, pour cela, faire appel à de nouveaux crédits.
Au point de vue général, l’esprit est bon; il manque encore l’indépendance de la vie intérieure, alors qu’elle est déjà grande dans les manifestations cultuelles visibles. Il faut y tendre.
Ce que nous espérons et poursuivons, ce ne sont pas des résultats visibles au premier examen, des progrès immédiats, mais la formation de quelques personnalités morales capables de faire souche et, par le levain de leur exemple, de faire lever toute la pâte calédonienne. Y réussirons-nous? Que chacun nous aide de son appui soutenu.
P. E. Pasteur
Note: Ce rapport est paru dans le Journal des Missions de la SMEP (1921, pp. 71-76) sous le titre "Rapport sur la station de Do-Néva".
Il y a bientôt un an que nous sommes à Do-Néva. C’est encore peu pour apprécier les perspectives, c’est assez cependant pour entrevoir les possibilités et donner en tout cas un aperçu de l’état actuel.
I. - Oeuvre religieuse
Il ne m’appartient pas de parler de l’oeuvre religieuse dans l’ensemble de la Calédonie. L’activité de Do-Néva et des alentours immédiats est seule sous notre observation et nous permet quelques appréciations.
Nata - Nous n’en avons pas à Do-Néva, sauf notre vieux Bosou, qui est ici plutôt comme intermédiaire entre Do-Néva et les tribus avoisinantes que comme nata en charge. Il est un peu le père de tout le monde, et son autorité de "vieux" s’étend sur tous les milieux. Il nous est précieux à cet effet.
Étudiants - Ils étaient seize à notre arrivée, en novembre 1919. Avant le départ de M. Leenhardt, l’un d’eux est mort de maladie de poitrine. Deux autres ont pris le poste de nata, ou aide-nata, qui leur fut assigné par la conférence. Au printemps 1920, un quatrième est rentré momentanément dans sa tribu pour se soigner. En ce moment, il est remis, mais ne peut revenir pour difficultés de famille. Leur nombre est donc réduit à douze, dont trois Maré.
Parmi les Calédoniens, l’un d’eux n’est pas encore membre d’Église, mais suit régulièrement son instruction religieuse. Très indépendant du formalisme religieux indigène, il montre cependant des dispositions excellentes.
Catéchumènes - Douze inscrits en janvier 1920. Un est parti dans sa tribu avant d’avoir achevé son instruction. Un autre est parti également après avoir été reçu membre de l’Église; il reviendra probablement bientôt en qualité d’étudiant. Une troisième, femme d’un étudiant, est partie avec son mari malade.
Il n’en reste ainsi que neuf, dont une fille de l’internat de Mlle Capt, et la femme de notre moniteur des travaux manuels.
Les Cultes - Ils sont faits généralement par le missionnaire, sauf à l’occasion du passage d’un nata à Do-Néva.
L’école du dimanche est tenue par les étudiants, et présidée par l’étudiant de semaine, chargé de la responsabilité morale de la station. Un premier dimanche est consacré à l’étude d’un sujet, et le dimanche suivant à la récitation dune portion du sujet, avec explication de ce qui reste incompris.
Les communions ont lieu le premier dimanche de chaque mois.
L’après-midi de chaque dimanche est consacré à l’étude du sujet traité au culte du matin. Cela revêt davantage le caractère d’une causerie, d’un entretien cordial entre tous, avec questions et réponses. Il y a parfois des questions posées qui étonnent et réjouissent; mais l’instant qui suit recouvre cet effort et ferait croire à une nuit complète, si l’on n’était certain que la lumière luit, quoiqu’elle reste invisible.
Le jeudi de chaque semaine avait lieu autrefois un culte du soir, avec réunion de prières, dit: culte des tirailleurs. On y entretenait le souvenir des soldats combattants ou déjà morts pour la Patrie. Aujourd’hui, ce culte subsiste, mais dans le but d’entrenir l’intérêt pour tout ce qui se fait d’extérieur, soit dans les tribus, soit au dehors de la Calédonie.
Histoire Sainte - Pendant les classes, une leçon d’histoire sainte est donnée chaque semaine à tous les garçons et filles réunis.
II. - Oeuvre scolaire
Garçons - En novembre 1919, les internes garçons étaient au nombre de 34, dont 2 Marés arrivés en même temps que nous. Le départ de M. Leenhardt a entraîné une diminution de plusieurs unités. Heureusement quelques nouveaux arrivants ont comblé les vides, en sorte que, malgré le départ ou la mort de 12 garçons, leur nombre est aujourd’hui de 40 internes, dont 4 Marés.
Les externes, qui étaient 75 au début de l’année, sont descendus à la moitié de leur effectif à la fermeture des classes, fin août. Nous espérons les avoir à nouveau au complet à la rentrée.
Filles - Dès l’arrivée de Mlle Capt, nous avons entreprise la création d’un internat de filles. Les deux difficultés principales étaient le logement et la nourriture. La nourriture a été fournie par les garçons et le sera jusqu’à ce que les plantations des filles rapportent assez pour qu’elles se suffisent à elles-mêmes.
Trop peu nombreuses, elles n’auraient pas fourni un travail suffisant pour leurs cultures. Trop nombreuses, elles auraient pesé trop lourdement sur la nourriture des garçons; il fallait trouver un juste milieu qui réponde aux deux exigences: travail et économie. Elles sont 17 pour l’instant. Plus tard, lorsque les cultures donneront leur plein, nous augmenterons peu à peu le nombre, dans la mesure des possibilités et des exigences locales.
Depuis un mois environ, les filles sont installées dans l’ancienne case d’un nata, remise en état et bien située pour sa destination: emplacement isolé, et cependant à proximité de Mlle Capt, installée au Fortin.
Une troisième difficulté surgit aussitôt, à propos de l’outillage nécessaire aux cultures des filles. Nous n’avions pas de budget, et cependant il leur fallait un certain nombre d’outils indispensables. Nous avons tourné la difficulté en renouvelant partiellement l’outillage des garçons, grâce à l’argent qu’ils ont gagné en travaillant quelques semaines à des déchargements. Nous avons pu ainsi abandonner aux filles une partie du vieil outillage, parfaitement conservé, mais ayant été fourni par la Mission.
De cette manière, les garçons ont fait don de 200 francs d’outils pour l’installation de l’internat des filles, sans compter leur travail de labour, et la construction de barrières pour la mise en valeur de leur future plantation, déjà en bonne voie de production.
D’autre part, les filles entretiennent les vêtements des garçons, ce qui leur donne une durée supérieure à celle du passé: économie nécessaire, à cause de la hausse constante des prix.
Développement - Il y a certainement une grande différence entre le degré de développement des filles et des garçons du même âge. Nous cherchons avant tout à créer chez nos filles le goût de l’ordre, de la propreté et de l’économie.
Pour les garçons, cela diffère un peu, du fait que le champ de leurs perspectives, je dirais même de leurs devoirs sociaux, est bien plus vaste.
Ils ont à se libérer intérieurement et extérieurement, à devenir un peuple conscient de sa race et de sa mentalité propre. Pour devenir dignes de la confiance reconnaissante que leur ont valu les tirailleurs par leur belle attitude au front et à l’arrière, et pour mériter le titre de citoyen français, ils doivent étendre leur culture dans bien des domaines.
Matériel scolaire - Pour obtenir les résultats désirés, il faudrait un matériel scolaire, sinon complet, du moins suffisant.
En ce moment, il n’y a plus de livres scolaires à Nouméa, pas plus que d’ardoises, et les cahiers sont hors de prix. Heureusement M. Benignus a rapporté de Maré un stock de cahiers qui fera l’année, je pense.
Pour suppléer au manque de livres (géographie, leçons de choses, etc ), les garçons écrivent les leçons préparées à l’avance de façon à former un cours complet qu’ils conserveront et utiliseront.
Tables - Le mobilier actuel demande à être renouvelé pour la nouvelle école en construction. Il se résume en quelques tables et bancs, répartis entre l’école de filles, celle des garçons et les étudiants. C’est trop peu si l’on veut travailler sérieusement et avec suite.
Les cartes murales sont également bien détériorées, et demanderont à être bientôt remplacées.
Une chose essentielle manque, et j’espère bien l’obtenir sous peu: c’est une lanterne à projections, non pour plaques de verre, mais pour cartes postales, afin d’illustrer les leçons de choses, et de créer la curiosité des faits par l’image. Il existe de telles lampes dans le commerce, et, si quelques généreux amis des jeunes cherchaient une occasion de leur montrer de l’intérêt, ils en trouveraient là une excellente. Si non, les garçons travailleront une semaine de plus l’année prochaine pour se la procurer. Mais nous l’aurons.
Travaux manuels - Si je compare avec le Congo, les conditions de travail ici sont bien meilleures, et le rendement infiniment supérieur. Alors qu’au Congo, tout travail demandé se paye, ici, il est absolument gratuit, ce qui offre des possibilités bien plus grandes.
Il est vrai que les garçons ne paient pas d’écolage, comme au Congo; mais, par contre, ils se nourrissent de leur travail, et s’habillent également avec de l’argent qu’ils gagnent, soit en plongeant le trocas, soit en déchargeant du charbon dans quelque entreprise voisine.
Ils ont même une caisse de réserve destinée à renouveler l’outillage cassé ou perdu, à améliorer leur ordinaire, à rembourser les pertes occasionnelles en boeufs de labour, âne, etc
En dehors de la culture, il y a d’autres travaux qui leur incombent:
- Garde et traite du bétail - 13 têtes environ, dont deux vaches laitières et deux paires de boeufs de labour, une vingtaine de chèvres, deux chevaux, un âne, des veaux; le tout appartenant à la Mission. Ce troupeau a augmenté et augmentera encore, de manière à assurer l’alimentation régulière en viande des natas de passage, et lors des fêtes de mai et de Noël.
- Entretien de la sellerie, pour chevaux, âne, boeufs de labour.
- Service de marchandises, avec le canot à voile Mathata (3 matelots et un capitaine étudiant).
- Entretien du matériel: immeubles, charrette pour le transport des vivres, charrue, herse, et tout l’outillage en général, sous la direction du moniteur industriel. Ainsi, toute la grosse charpente de l’école a été sciée par les garçons et montée par eux, avec l’aide des étudiants
La toiture, avec couverture en tuiles rouges, est en voie d’achèvement. La consolidation des murs a retardé ce travail que nous espérions voir achevé fin août, mais qui le sera probablement pour Noël. Puis ce sera le tour du dortoir des garçons, qui tombe en ruines; déjà près de cent poteaux sont rassemblés à cet effet.
Ensuite viendra un atelier qu’il faudra construire à proximité de l’école et du moniteur. L’atelier construit, il faudra le fournir en outils.
Tous ces travaux, tant au point de vue du temps que de l’argent nécessaire, se répartiront sur plusieurs années, et n’avanceront que dans la mesure du rapport des cultures et du café, dont nous espérons doubler la production, afin d’augmenter l’influence éducative, sans, pour cela, faire appel à de nouveaux crédits.
Au point de vue général, l’esprit est bon; il manque encore l’indépendance de la vie intérieure, alors qu’elle est déjà grande dans les manifestations cultuelles visibles. Il faut y tendre.
Ce que nous espérons et poursuivons, ce ne sont pas des résultats visibles au premier examen, des progrès immédiats, mais la formation de quelques personnalités morales capables de faire souche et, par le levain de leur exemple, de faire lever toute la pâte calédonienne. Y réussirons-nous? Que chacun nous aide de son appui soutenu.
P. E. Pasteur
Note: Ce rapport est paru dans le Journal des Missions de la SMEP (1921, pp. 71-76) sous le titre "Rapport sur la station de Do-Néva".